Patrimoines - Pas-de-Calais le Département
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Boulogne-sur-Mer, retour de pêche, Jules Adler

Boulogne-sur-Mer, retour de pêche, Jules Adler

Inv. 2018.2.1, huile sur toile, 65 x 81 cm, vers 1914

 

En 2018, le département du Pas-de-Calais a acquis deux œuvres du peintre Jules Adler. Elles viennent compléter les collections du château d’Hardelot et celle sur les peintres de la Côte d’Opale de la direction des affaires culturelles.

Né à Luxeuil-les-Bains (Haute-Saône) en 1865, fils d’un marchand d’étoffes, Jules Adler monte très jeune à Paris (17 ans) pour étudier l’art, d’abord à l’académie Julian puis aux Beaux-Arts. Très tôt, il manifeste un intérêt pour le monde du travail et ses figurants. Son tableau le plus célèbre, La Grève au Creusot, exposé au Salon en 1900 et illustrant de nombreux manuels d’histoire, lui a valu une belle notoriété.

Boulogne-sur-Mer, retour de Pêche a pour sujet la marche fatiguée d’une famille de pêcheurs après le travail. Les dos sont courbés, les jambes sont lourdes, les yeux tombent et nous devinons les pieds qui trainent. Nous reconnaissons le port en arrière-plan. Il évoque ainsi la dureté de la vie des pêcheurs.

Ce tableau est une esquisse, c’est-à-dire un tableau préparatoire pour une version définitive présentée en 1914 et conservée au musée de Buenos Aires. Cette esquisse a été prêtée et exposée au musée de la Piscine à Roubaix en 2019 à l’occasion de l’exposition « Jules Adler, peindre sous la Troisième République ».

Entre 1910 et 1913, le peintre passe ses étés sur la Côte d’Opale et visite Boulogne, Equihen, Etaples et Montreuil. C’est lors de ces séjours qu’il trouve l’inspiration pour ce tableau et toute une série de toiles. Nous retrouvons ici les éléments caractéristiques de la peinture d’Adler de cette période : des figures humaines dépeintes en groupe dans une composition géométrique dense au premier plan et dénuée de détail pittoresque à l’arrière-plan.

Cette façon de peindre est qualifiée par les historiens de l’art de peinture événementielle car elle représente des moments singuliers et responsables de la réunion de plusieurs individus en un même groupe. Cette peinture se caractérise par des frises de figures faisant face au spectateur ou lui tournant le dos. L’événement en question se situe souvent hors-champ. Le peintre insiste avec empathie sur les visages et les regards, partagés par une foule réagissant à l’unisson à un moment particulier. Les figures sont compactes, les arrière-plans esquissés. L’intention principale du peintre est probablement de transformer celui qui contemple son tableau en spectateur de la manifestation, notamment grâce au cadrage et au grand format. Des tableaux comme Gros temps au large, matelotes d’Etaples ou Boulogne-sur-Mer, retour de Pêche sont bien représentatifs de cette période.

Adler n’est pas préoccupé par l’homme de telle ou telle patrie mais par l’homme tout court

Romain Roussel

Ce tableau, comme l’ensemble de l’œuvre de Jules Adler, s’inscrit dans le vaste mouvement de description de la France populaire qui a débuté au XIXème siècle et qualifié de peinture naturaliste. Le monde paysan et les ouvriers sont les nouveaux sujets de cette peinture qui s’éloigne des canons académiques. Parfois qualifié d’artiste régionaliste – il est certes attaché à ses origines franc-comtoises - l’artiste s’intéresse toutefois à tous les peuples. Sensible aux couches populaires, ce qui lui vaut le surnom de « peintre des humbles », il en dépeint toutes les palettes: leur quotidien, leur joie et leurs affres.

Pour en découvrir plus sur les collections du château d'Hardelot: https://chateau-hardelot.fr/Mediation/Collections