Patrimoines - Pas-de-Calais le Département
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Le siège de Boulogne par Henry VIII

The departure of King Henry VIII from Calais July MDXLIV

The encampment of King Henry VIII at Marquison July MDXLIV

The siege of Boulogne by Henry VIII MDXLIV

Gravures de James Basire, 1788

Département du Pas-de-Calais

 

L’histoire du siège de Boulogne

L’une des ambitions du roi d’Angleterre Henry VIII est de prendre des terres sur le continent et de tenter de reconstituer ainsi l’empire de ses ancêtres Plantagenêt.

Aussi, lorsque François Ier part mener des guerres en Italie, il en profite pour accoster dans le nord de la France. En juillet 1544, un grand corps militaire quitte Portsmouth pour accoster à Calais (ville anglaise à cette époque) et prendre la direction du sud en longeant la côte. L’objectif est de prendre Boulogne-sur-Mer mais aussi Montreuil-sur-Mer et le château d’Hardelot, qu’Henry VIII évoque comme « a very strong house » dans ses lettres.

photo représentant un détail de la gravure des troupes anglaises quittant Calais en 1544 pour envahir la côte d'Opale

James, Basire, The departure of King Henry VIII from Calais July MDXLIV, gravure, 1788, collections départementales du Pas-de-Calais

La première gravure montre le départ du roi Henry VIII de Calais en juillet 1544. En haut de la colline au sud de Calais, située en haut à droite de la gravure, on peut voir Sir Anthony Browne, maître des écuries royales, saluant Henry VIII. Plus important, au bas de la gravure, on distingue 4 navires, équipés de 9 canons sur leur pont principal. Les 5 canons sur le port font feu, sans doute pour marquer l’arrivée des navires dans le port. L’un de ces navires est le « Mary Rose » qui périt un an plus tard, lors de la bataille navale de Portsmouth contre les Français. Ce n’est pas un bateau comme les autres, il est le navire le plus important et le plus emblématique de la flotte d’Henry VIII.

 

photo représentant le camp de Marquise en 1544

James Basire, The encampment of King Henry VIII at Marquison July MDXLIV, gravure, 1788, collections départementales du Pas-de-Calais

La seconde gravure montre le campement du roi à Marquise, située entre Calais et Boulogne. Cette gravure est intéressante car elle montre la météo particulière qui a considérablement marquée les soldats qui se trouvaient là. On peut voir un gros orage qui s’avance et on peut voir que les tentes entourant le camp d’Henry VIII sont fortement chahutées par le vent. On distingue aussi des trombes d’eau qui tombent du ciel.

A partir du 19 juillet, Boulogne est assiégée dans les règles de l’art par les Anglais fraichement débarqués: bombardement au canon d’abord et travail de sape ensuite. Les troupes d’artilleries françaises, réfugiées dans le château, parviennent à maintenir les Anglais à distance pendant un temps mais ces derniers sapent également une partie de l’édifice les obligeant à abandonner la partie. Le 13 septembre, les Français offre la ville aux envahisseurs.

photo représentant la gravure du siège de Boulogne par Henry VIII

James Basire, The siege of Boulogne by Henry VIII MDXLIV, gravure, 1788, collections départementales du Pas-de-Calais

La dernière gravure et la plus longue des trois donnent de précieuses informations sur le déroulé du siège. Dans cette gravure, le rôle de Sir Anthony Browne est minime. Il n’est même pas identifiable. En revanche, un de ses soldats, porte-drapeau de l’armée dirigée par Sir Anhony est identifiable. Il s’agit de Sir John Berkeley. Sir Anthony a tenu à le montrer et à garder son souvenir vivace car il est dit qu’il a fait preuve d’un héroïsme sans bornes devant les guerres contre la France et qu’il a notamment sauvé la vie de John Dudley, le 1er duc de Northumberland.

Henry VIII est lui aussi identifiable sur la gravure. Il est tout d’armure vêtu, dirigeant les opérations.

Il faut aussi noter la présence de tranchées durant le siège, similaires à celles que l’on connait, utilisées durant la 1ère Guerre Mondiale. Ces tranchées permettaient aux troupes anglaises d’arriver au plus près des murs de la ville. Il est à noter également l’importante artillerie déployée par les Anglais pour abattre les murs de la ville de Boulogne. Parallèlement à cela, on distingue forcément une grande quantité de munitions.

Montreuil, quant à elle, bien défendue par le dauphin de France Henri, ne tombe pas aux mains des Anglais. Une fois sauvée, le dauphin se dirige vers Boulogne pour tenter de la reprendre, en vain.

Le château d’Hardelot enfin, assiégé lui aussi, se rend rapidement aux Anglais. Pourquoi ? la garnison en place n’était que de 50 soldats, et comme l’effort était mis sur Boulogne et Montreuil, le château, un peu laissé de côté, se rend aux Anglais sans se battre.

 

L’histoire des gravures de James Basire

Pour comprendre d’où viennent ces gravures, il faut d’abord parler de Sir Anthony Browne. Il était un noble anglais richissime du XVIe siècle au service du roi Henry VIII. En 1544, lorsque le roi part pour une campagne militaire en France, Sir Anthony part avec lui, en tant que maître des écuries royales. C’est à lui de s’assurer du bon ordre et du bon état de santé des chevaux et de leurs cavaliers ; ce qui est important lors d’une campagne militaire où la cavalerie est sollicitée. Au retour de cette campagne militaire, Sir Anthony décide de faire réaliser des peintures sur bois racontant l’aventure. En tout, il commande 5 tableaux qui sont destinés à décorer la salle à manger de son château du Sussex, Cowdray House. Ces 5 gravures étaient :

-          « The departure of King Henry VIII from Calais July MDXLIV »

-          « The encampment of King Henry VIII at Marquison July MDXLIV »

-          The siege of Boulogne by Henry VIII MDXLIV »

-          « The encampment of the English forces near Plymouth. Together with a view of the English and French fleets at Commencement of the action between them on the XIXth July MDXLV »

-          « The riding of King Edward VI from the Tower of London to Westminster on 19th February 1547 »

Plus que pour décorer, ces tableaux étaient destinés à rappeler les faits d’armes auxquels Sir Anthony a pris part. Leur emplacement dans la salle à manger laisse supposer que Sir Anthony devait souvent parler de cette période à ses invités et s’en servaient pour illustrer ses propos. Ce qui est représenté est donc ce qui est important aux yeux de Sir Anthony. Il se met d’ailleurs en scène sur ces gravures, dans les moments où lui-même était présent. Ce n’est donc pas une vision objective des événements.

Les gravures conservées au château d’Hardelot ont été réalisées à la demande de la Société des Antiquaires de Londres, à la fin du XVIIIe siècle, d’après les tableaux originaux de Cowdray House.

En 1773, Sir Joseph Ayloffe, antiquaire et membre de la Société, évoque l’existence de ces peintures et son idée de les faire reproduire. Il y a quelques réticences au projet, en raison de son coût principalement, mais finalement les gravures sont réalisées et un lot des 5 tableaux en version gravures est donné à chaque membre de la Société.

C’est en 1778 que les gravures sont réalisées par James Basire. Il est le graveur de la Société mais aussi l’un des plus grands graveurs anglais. Il est aussi connu pour avoir eu le jeune William Blake comme apprenti. Basire était un spécialiste de la reproduction d’objets anciens. Son objectif était de respecter au maximum l’œuvre initiale tout en tenant compte des limites de sa technique.

L’histoire des gravures se termine avec l’incendie du château de Cowdray House en 1793, qui ruine entièrement l’édifice et tout ce qu’il contenait, à peine 15 ans après la reproduction de James Basire. Aujourd’hui, les tableaux de Sir Anthony Browne ont donc disparu pour toujours, seules les gravures nous rappellent leur existence et leur histoire.

Sans connaître cette histoire, le Département du Pas de Calais a acheté ces gravures en 2013, afin d’évoquer la campagne militaire menée par Henry VIII sur la Côte d’Opale en 1544.

Pour en savoir plus sur les relations entre François Ier et Henry VIII et le Camp du Drap d'Or:

LANCIAUX Camille, Le Camp du Drap d'Or, publié le 7 mai 2020 sur https://chateau-hardelot.fr/Mediation/Culture-franco-britannique/ARTICLE-Les-500-ans-du-Camp-du-Drap-d-Or

GIRY-DELOISON Charles (dir.), 1520, Le Camp du Drap d'Or, la rencontre d'Henri VIII et de François Ier, catalogue de l'exposition du même nom présentée au château d'Hardelot en juillet et août 2012, éditions Somogy, 2012

 Pour en découvrir d'avantage sur les collections du château: https://chateau-hardelot.fr/Mediation/Collections